« Ce qui est exclu dans une famille revient, d’une manière ou d’une autre. »
— Bert Hellinger
La place que l'on prend ... ou celle qu'on laisse !
Il y a parfois, dans les repas de famille, quelque chose d’étrangement immuable.
Les mêmes personnes aux mêmes endroits. Les mêmes qui parlent. Les mêmes qui se taisent. Et puis, il y a celui — ou celle — qui hésite avant de s’asseoir. Qui regarde où se mettre. Qui attend presque qu’on lui dise : « Ta place est là. » Mais personne ne dit rien. Alors on s’installe… un peu au hasard, ou plutôt, jamais tout à fait au hasard.
Dans les accompagnements, cette question revient souvent, sans être nommée : « Je ne sais pas où est ma place. »
Elle ne se dit pas toujours ainsi. Elle se glisse autrement : « Je me sens de trop » « Je n’arrive pas à trouver ma voie » « J’ai l’impression de ne pas être légitime » « Je prends trop de place… ou pas assez » Comme si, derrière ces mots, quelque chose cherchait à se réajuster.
Une place qui ne commence pas avec nous ! Dans une famille, la place ne se construit pas uniquement avec ce que nous faisons. Elle s’inscrit dans une histoire. Une histoire où d’autres, avant nous, ont été là, ou n’ont pas pu être là. Un enfant non né. Un grand-parent oublié. Un frère exclu. Une femme restée dans l’ombre. Et parfois, sans le savoir, quelqu’un prend la place de celui qui n’a pas pu la prendre. Non pas par choix, mais par fidélité invisible.
Alors, on peut devenir : celui qui répare, celle qui tient, celui qui réussit pour tous, celle qui se sacrifie ou celui qui disparaît un peu ; Comme si une place nous avait été confiée… sans qu’on nous l’explique.
Être à sa place… ou être fidèle ? Il y a une confusion fréquente.
On croit chercher sa place, mais parfois, on occupe une place qui permet au système familial de rester en équilibre, même si cet équilibre est coûteux, même s’il empêche de respirer pleinement.
Une femme me disait un jour : « Si je vais bien, j’ai l’impression de trahir ma mère. » Comme si aller vers sa propre vie venait rompre un pacte silencieux. Alors, rester à une certaine place devient une manière d’aimer. Une manière d’appartenir.
Le corps sait ! La place ne se pense pas seulement, elle se ressent. C’est ce moment où : on se sent trop grand dans un espace,ou au contraire, trop petit ; où l’on s’efface sans s’en rendre compte
ou où l’on parle… pour remplir un vide. Le corps ajuste en permanence. Il sait, souvent avant nous, si la place est juste
Et dans les lieux de vie…
La place ne se joue pas uniquement dans la famille. Elle se rejoue dans l’espace, dans une maison, un bureau, une pièce. Où vous installez-vous naturellement ? Prenez-vous la place centrale… ou un coin discret ? Avez-vous un espace à vous ? Parfois, les lieux viennent confirmer une place déjà ancienne. Ou au contraire… offrir la possibilité d’un déplacement.
Se déplacer intérieurement !
Trouver sa place n’est pas toujours changer de vie, c’est parfois un mouvement très subtil, un léger déplacement intérieur ; Accepter de ne plus porter, de ne plus réparer, de ne plus compenser. Et peu à peu, laisser apparaître une place plus simple, moins chargée, plus vivante.
Une place qui respire !
Être à sa place, ce n’est pas être parfait, ce n’est pas être validé par tous, c’est sentir que l’on peut être là… sans effort excessif, sans devoir se justifier d’exister.
Et parfois, cela commence simplement ainsi : s’asseoir quelque part… et ne plus se demander si l’on dérange.
Nos vies ne commencent pas avec nous.
Mais peut-être que notre place, elle… peut commencer aujourd’hui.
Écrit par Lydie POISSON | Publication : 29 avril 2026
Les histoires familiales ont toujours quelque chose à nous dire.